désir dans le couple

Sexo : désir, mode d’emploi

Le désir a des ennemis partout autour de lui : le temps, l’usure, les injonctions, la vie… Que faire pour qu’il soit votre ami ? Dans « Grand bien vous fasse », les sexologues Alain Héril et Catherine Blanc ont fait le tour de la planète désir… Retrouvez leurs conseils ici.

Le désir, ça s’apprend

Alain Héril : « Oui, il y a vraiment un apprentissage du désir. C’est quelque chose qui va évoluer au fur et à mesure de sa vie et que l’on va nourrir avec ses expériences. On voudrait que cela nous soit donné d’emblée, mais cela se construit. 

Quand on rentre en couple, on a des images parentales qui influencent la manière dont on est en couple avec l’autre. On apprend petit à petit à s’en détacher, et c’est là que l’on découvre son véritable désir. » 

Catherine Blanc : « Au départ de sa vie amoureuse, l’autre va souvent être là pour être l’objet de son désir personnel. On choisit notre partenaire en fonction de ce qui est notre priorité du moment : notre fécondité, notre sécurité ou notre désir sexuel. Pour véritablement découvrir l’autre, il faut se découvrir soi-même. Pour cela il faut donc du temps et de la maturité. Rien de grave, sauf si on s’engage trop tôt : on se ferme des portes de façon trop ferme. »

Mais le désir est insécurisant

Catherine Blanc : « Le désir est jouissif, jubilatoire, mais il peut être inquiétant. Il y a toujours le risque que l’autre n’y réponde pas. Il faut beaucoup de maturité pour accueillir son désir sans retour en face. Or, quand on est jeune, on a besoin de se sentir soutenu et encouragé là-dedans – les femmes encore plus parce qu’il y a des siècles d’histoire avec des idées reçues comme : ‘une femme désirante, n’est pas une femme de bonne vertu’…

Le désir ne connaît pas la norme

Alain Héril : « J’ai beaucoup entendu dans mon cabinet : suis-je normal ? J’ai tel désir, tel fantasme : est-ce que je suis normal ? Les patients ont le besoin d’avoir un comparatif normal extérieur à eux alors que le désir est intérieur : il a à voir avec son intériorité, son désir propre, son rapport à son corps, son rapport à l’autre…

On est dans une société dans laquelle les injonctions à l’orgasme et au désir sont fortes… Il faudrait qu’on soit toujours en rut, toujours prêts à faire l’amour. Mais il faut accepter que le désir soit fluctuant : c’est avec cette fluctuation-là que l’on va jouer et qui va créer une incertitude. C’est là que le désir a sa profonde teneur : dans le fait qu’il n’est jamais acquis, ni donné, de manière définitive. »

Charlotte, auditrice, témoigne. Elle a connu de longues périodes sans désir, malgré son amour pour Grégoire : « Depuis le début de ma relation avec lui, il n’y a jamais eu de désir. Je n’éprouvais pas de besoin. Je me forçais systématiquement. J’interrogeais mes amies, combien de fois par semaine elles avaient des rapports, et je me rendais bien compte qu’on en était loin… Le week-end arrivait, je ne pouvais plus esquiver. Et cet acte qui devait être guidé par l’amour et le désir, était une contrainte. En le quittant, je me suis rendue compte que je pouvais avoir du désir et que c’est formidable. »

L’arrivée de l’enfant : coup de frein normal et temporaire à la libido

Agathe, auditrice en couple depuis dix ans, a connu une perte de libido quand elle allaitait sa fille. Pour Catherine Blanc, c’est un phénomène fréquent : « La relation exclusive avec l’enfant empêche la relation avec un mari, parfois. Mais c’est aussi l’effet de la fameuse prolactine, l’hormone que fabrique la femme qui allaite – sans quoi Madame de Cro-magnon aurait fait un deuxième bébé dans la foulée du premier et ce dernier, privé de lait, serait mort. La prolactine protège du risque d’une deuxième grossesse ».

Contre la baisse du désir : viagra ou pas ?

Alain Héril : « On peut prendre tout le viagra du monde, si on n’a pas de désir, cela ne fonctionnera pas. Ce qui compte c’est l’hormone du désir… »

Catherine Blanc : « Ce qui est étonnant avec la petite pilule bleue, c’est que parfois, le simple fait de savoir qu’il est là, détend. »

Alain Héril : « Le viagra a une fonction dédramatisante mais on est dans la médicalisation de la sexualité. On peut s’interroger sur la fonction symbolique que peut avoir le médicament.

Et puis, il y a cette impossibilité du viagra pour les femmes. Il existe le Lybrido, mais il se prend sur quatre semaines et il a plein d’effets secondaires. Une des raisons pour lesquelles il n’est pas commercialisé en France c’est que « cela allait faire des femmes trop désirantes » ! »

Article extrait du site France Inter. Lire l’intégralité de cet article à l’adresse : https://www.franceinter.fr/sexualite/sexo-desir-mode-d-emploi