Pourquoi le confinement est égal à infidélité : vos témoignages

Pourquoi le confinement est égal à infidélité : vos témoignages

À l’heure où la France entière est confinée, jusqu’à nouvel ordre, bon nombre de couples subissent les aléas fatidiques qu’impose cette période d’isolement social. Et il y a deux écoles : les personnes confinées ensemble, et les couples non-confinés au même endroit, contraints de surmonter cette épreuve tant bien que mal. Remises en question, doutes, crises de nerfs,… L’infidélité partielle ou totale gagne du terrain. Preuve en est, avec des chiffres qui ne trompent pas, vos témoignages et l’avis d’Alain Héril, psychanalyste sexothérapeute.

Alors que l’on vient de franchir le cap des un mois de mise en quarantaine, la situation n’aura jamais été autant compliquée pour les couples, dont la majeure partie ne s’acclimate pas au confinement et à ce qu’il implique. Et plus que jamais, le besoin d’être solide, et de tenir bon est de mise.

Être confinés ensemble, est en soi une situation inédite. Si le laisser aller n’est pas le maître-mot de certains, d’autres profitent de la quarantaine pour flâner en jogging à longueur de journée et arborer une manucure discutable. Et ce relâchement impacte évidemment le désir.

Pour tous, la frustration de ne plus voir chaque jour l’être aimé, ou bien au contraire, de le voir trop souvent et de ne plus supporter sa présence, deviennent pesantes et compliquées à gérer. L’attente du déconfinement se fait sentir et l’envie de s’aérer pour s’isoler de son conjoint aussi.

Et alors que défilent péniblement les semaines ; cet appartement s’apparente finalement à une prison, en faisant de nous un.e. « condamné.e. » avec sursis, dans l’attente que l’annonce du déconfinement tombe enfin. Alors on passe par des moments de déprime, on vacille entre des humeurs changeantes, mais surtout, on comprend comment réagit véritablement notre âme sœur en cette période difficile. Son calme nous rassure, ou bien à l’inverse, notre moitié se laisse totalement emporter par les évènements, et montre une nouvelle facette de sa personnalité, dont on se serait bien passé.

Confinement : pourquoi nos sentiments changent ?

Le confinement recalibre nos émotions et les habitudes du couple. Il nous fait davantage réfléchir aux questions qu’on n’osait se poser, et modifie notre perception sur ce qui est essentiel.

Ce challenge de taille, arrive finalement pour certains, à un moment charnière pour leur couple. Et alors que le confinement est le moyen pour les couples heureux de prouver leur attachement l’un envers l’autre, il est pour d’autres, une chute brutale dont ils se relèveront difficilement.

Quelques personnes ressentent l’envie soudaine de flirter sur des sites de rencontre, pour tester de nouvelles choses, même si aucun « passage à l’acte » n’est envisagé. L’infidélité virtuelle se profile alors comme l’opportunité de se redécouvrir, de papillonner, et de flatter son ego, en se prouvant que notre capital séduction n’a pas dit son dernier mot. Alain Héril explique « L’infidélité virtuelle donne le champ libre à un imaginaire qui a du mal à accepter la simple réalité, souvent banale et trop quotidienne surtout en cette période de confinement si singulière. ».

Quelles sont les limites de l’infidélité pendant le confinement ?

Si l’attirance mutuelle n’y est plus au sein du couple, fantasmer sur un autre partenaire peut être une échappatoire pour respirer et finalement sauver sa relation. Et si en temps normal, l’infidélité est envisageable au premier message coquin envoyé, en cette période de confinement, les « règles » ont quelque peu changé. Le psychanalyste sexothérapeute raconte, « Les limites sont celles que l’on se donne. (…) L’adultère est donc une manière d’interroger le couple dans ses partis-pris exclusifs. ».

L’infidélité virtuelle en quelques chiffres

Comme le révèlent les études, la tendance à l’infidélité virtuelle ne cesse d’accroître durant l’isolement. Les inscriptions sur les sites de rencontre extraconjugale ont explosé . Dans la même lignée, les interactions entre les nouveaux arrivants augmentent. Ces chiffres, ne rassurent pas et la paranoïa s’installe.

Alain Héril revient sur ce désir d’infidélité, « C’est le signe d’une frustration qui cherche à se gérer par la rêverie focalisée sur une autre personne que son ou sa partenaire co-confiné(e). (…) Dans les fantasmes sexuels féminins, le partenaire officiel n’est jamais convoqué ! (…) Le confinement accélère tout ceci et lui donne une couleur qui peut être plus ou moins importante en fonction de l’état relationnel et émotionnel du couple. ».

Et l’infidélité de l’après-confinement ?

L’infidélité virtuelle est un petit coup de canif dans le contrat, dont on sort plus en moins meurtri, selon sa personnalité. Pour certains, le besoin de ressouder les liens conjugaux se fait sentir.

Et pour d’autres, cette étape révélatrice, aura été le moyen de comprendre que leurs attentes et leurs désirs ont changé ; afin qu’ils puissent se tourner vers un autre lendemain.

Vos témoignages

Je suis en couple depuis plus de deux ans et nous avons quasiment toujours habité ensemble, il nous était impossible d’être séparés l’un de l’autre très longtemps ! La séparation obligatoire est toujours difficile : pour mon travail, je dois souvent partir en voyage et à chaque fois, il est difficile de nous quitter, nous avons souvent le cœur lourd !

Le confinement est arrivé à un moment où nous n’étions pas ensemble : pour mon travail, je dois souvent partir en voyage et à chaque fois, il est difficile de nous quitter, nous avons souvent le cœur lourd ! Il était alors difficile de nous retrouver pour se confiner et j’avais pris la décision de partir chez mes parents. Je ne voulais encore moins prendre le risque qu’il les contamine.

Depuis maintenant, 6 semaines nous sommes séparés, à seulement 45 minutes l’un de l’autre. Nous ne prendrons pas le risque de nous retrouver tant que le confinement ne sera pas terminé, nous attendrons patiemment. Alors entre temps, nous nous appelons, une à deux fois par jour – aussi en FaceTime – et nous nous écrivons toute la journée. Nos journées sont rythmées par le télétravail, nos conversations deviennent vite futiles : » Qu‘est-ce que tu as mangé pour le dîner ? » , « Qu’est-ce que tu fais ce soir ?« . Tous les jours les mêmes conversations inutiles auxquelles on se raccroche pour entretenir le dialogue avec l’être cher. Heureusement, il y a des jours, ou on a un peu plus de choses à se raconter « les week-ends ».

On parle souvent de l’après-confinement, comment va t’il se passer et quand allons-nous nous retrouver et où ? Pourrons-nous nous retrouver le 11 mai ? Qui sait ? Nous nous manquons beaucoup, mutuellement, physiquement et moralement, le temps est long, on a envie de se retrouver et que toute cette situation cesse et n’avons qu’une hâte : revenir à notre quotidien habituel.

Elena, 25 ans, Perpignan

En couple depuis maintenant presque 8 ans, le confinement; au départ perçu comme une mauvaise chose pour la vie sentimentale, se révèle finalement être bénéfique à mon bien-être. Avec Thomas, nous ne nous sommes presque jamais quittés, ou éloignés physiquement. Et voilà que le confinement nous met à l’épreuve. Lui est bloqué à Nantes, dans notre studio minimaliste, tandis que moi, j’ai regagné la maison de ma meilleure amie à Perpignan, jusqu’à la levé de la quarantaine. Pourquoi ? Parce que je sentais qu’être sur le dos l’un de l’autre durant un mois ou plus aurait brisé notre couple. Pire encore, cela nous aurait certainement totalement détruit l’un comme l’autre.

Nous avons depuis toujours des caractères diamétralement opposés, et même si cela n’a jamais été un réel problème, aujourd’hui la donne a quelque peu changée. Le confinement me fait me rendre compte, que même s’il me manque, ce n’est plus mon copain que j’ai hâte de retrouver, mais un ami, mon plus proche confident, à qui, en temps normal, je ne cache rien.

D’un commun accord, nous avons préféré prendre davantage nos distances en cette période de confinement, en plus de la distance physique qui nous éloigne déjà bien assez. Au début, c’était compliqué à gérer. On se manque, on craque, on s’appelait des heures durant, puis on raccrochait, voyant qu’on n’avait finalement pas grand-chose d’intéressant à se dire. La faute au confinement et de sa routine ? Notre couple a connu maintes montagnes russes ces dernières années. Nous sommes passés par de très bons moments, comme des instants beaucoup plus sombres, qui ont ébranlé, et ont touchés nos sentiments au plus profond. Mais nous avons fait face.

Même s’il ne l’avoue pas, je pense que son ressenti est le même, sur la situation. Bien que ce soit compliqué à expliquer à ma meilleure amie chez qui je vis actuellement, elle comprend ma décision et mon réel besoin de prendre le large de mon côté. Cet isolement conjugal m’a aussi permis de me concentrer sur l’essentiel, de me remettre à mes premières passions, de reprendre contact avec mes amis, notamment un que je n’avais pas vu depuis longtemps. Et finalement, c’est à cet ami que je me confie, et qui relève la vérité de mon couple. Thomas et moi, ne sommes plus faits pour être ensemble. C’est triste, j’ai même encore beaucoup de mal à me l’avouer, mais c’est la vie.

Être avec quelqu’un qui comprendra mes nouvelles envies, mes sauts d’humeurs et mes instants de doute. J’aurais toujours la plus grande considération pour Thomas, mais peut-être que quand on se retrouvera, il sera finalement le temps pour nous deux, de refaire chacun notre vie. Chose, que je n’aurais jamais compris sans le confinement.